La maltraitance du sujet…

J’ai commencé une critique des programmes de français du niveau fondamental belge, pour le réseau de la Fédération Wallonie-Bruxelles et c’est en le reparcourant que je me suis dit qu’il y avait matière à partager quelques bribes. 

Le premier échantillon concernera la notion centrale de sujet

Vu les différentes apparitions de la notion, le lecteur est en droit de se demander ce que recouvre, pour le programme, celle de « sujet ». S’agit-il d’un groupe de mots ou d’un seul mot ? S’agit-il d’une fonction ou d’une nature ? Voici, dans les grandes lignes, les lieux d’apparition. Le cycle où le point est concerné est renseigné en début de parenthèse — la deuxième donnée de la parenthèse étant le numéro auquel l’entrée est indexée dans le programme — et équivaut à l’échelle d’âge suivante :

Repérer les pronoms personnels sujets (à vivre dans l’action concrète) (2-1477)

Éviter les répétitions qui alourdissent en utilisant les substituts grammaticaux : un pronom personnel sujet. (2-1584)

Le groupe nominal sujet (GNS) et le groupe verbal (GV) forment la structure de base de la phrase. (p. 260)

En début de cycle, oralement, les questions de réflexion aboutiront à la reconnaissance du groupe nominal sujet. En fin de cycle, le découpage de la phrase s’organisera autour de deux grandes questions qui aboutiront à la découverte des deux constituants : le groupe nominal sujet et le « reste de la phrase ». (2-1618)

Le mot sujet à l’intérieur du GNS. Il marquera cette relation bilatérale par une flèche. Les moyens (critères) de reconnaissance du verbe et du sujet seront progressivement employés. (3-1618)

Reconnaissance du groupe sujet. La fonction sujet (GNS). (2-1620)

Découvrir : le verbe de la phrase ; le sujet de la phrase / Associer : verbe et sujet ; attribut (sans l’appeler par son nom) et sujet. (3-1621)

Matière nouvelle : natures ; fonctions ; structures. (4-1622)

Son appartenance [attribut du sujet] est complexe : situé derrière le verbe, il qualifie pourtant le sujet ; en fait, l’attribut « actualise » le sujet. (3-1623)

Ici, le sujet est un mot qui n’a pas réalisé l’action. (4-1624)

Le groupe du sujet sera isolé en répondant à la question : De qui… De quoi… parle-t-on dans la phrase ? et en employant la forme emphatique « c’est… qui… ce sont… qui… » (2-1627)

Le mot sujet sera identifié à l’intérieur du GNS en montrant: qu’on ne peut pas le supprimer ; qu’on peut le remplacer par un pronom ; qu’en changeant le nombre de ce mot, le verbe aussi doit changer (choisir des variations audibles). (3-1633)

Le complément d’agent : c’est le sujet de la forme active. (4-1634)

L’attribut du sujet : s’accorde avec le sujet. (3-1639)

Accorder le sujet et le verbe. (2-1649)

Le sujet est un être animé (3-1696)

Le sujet est un être inanimé (4-1697)

S’il fallait dégager une définition sur la base de ces différentes occurrences, elle pourrait être celle-ci :

La fonction sujet (GNS ou mot du GNS) – sachant que le GNS est une structure de base, non une fonction – peut être revêtue par un pronom personnel (substitut grammatical), un groupe – nominal ou non – et un mot de ce groupe, qui représentent un être animé ou non. Quand il forme un groupe nominal, il est l’un des deux constituants de base de la phrase, l’autre étant le groupe verbal, dont la fonction n’est pas à préciser. Il accorde l’attribut du sujet et s’accorde avec le verbe. De ce fait, si ce mot – pronominalisable et non suppressible – change en nombre, le verbe variera également. C’est un mot, qualifié et actualisé par l’attribut, qui réalise ou non l’action et devient complément d’agent à la voix passive. Il y a deux moyens de le trouver, soit par une question (De qui… De quoi… parle-t-on dans la phrase ?), soit en employant la forme emphatique (« c’est… qui… ce sont… qui… »).
Pleine de contradictions, inassimilable et en rien performante, cette définition est pourtant celle – ou du moins dans une formulation possible – que l’enseignant, puis ses élèves, sont idéalement – car tenant compte de tous les paramètres – censés intégrer. Il y a de quoi se demander si c’est la notion grammaticale qui est maltraitée par le discours traditionnel des programmes ou l’élève lui-même, dans sa qualité de sujet, que l’on prend pour un imbécile s’il ne parvient pas à intégrer l’incohérence. Voire l’enseignant en charge de l’amener à se dépatouiller là-dedans. Parce qu’en fait, en grammaire, c’est quoi un sujet ?
On dit “merci les programmes !“.