La progression grammaticale

La définition d’une progression grammaticale est à la fois une question difficile pour la didactique du français du fait de la multiplicité des paramètres à combiner et un problème passionnant dans la mesure où le débat méthodologique renvoie constamment à des enjeux théoriques importants pour les sciences du langage comme pour les conceptions de l’enseignement. (Chiss, David, 2011 : 173)

(Chiss, J.-L., & David, J. (2011). Progression grammaticale et stratégies d’enseignement. Le Français Aujourd’hui, HS01(5), 167–173.)

“Notre système éducatif a été conçu sans rien connaitre du cerveau”

Le Point N 2211 - 22 au 28 Janvier 2015_Page_01Le Point 2211 du 22 janvier 2015 titre sur l’école. Dans ses pages, des spécialistes rappellent à quel point les programmes sont arbitraires. Le sujet m’est cher dans la mesure où l’objet de ma recherche est, précisément, de redonner du sens, de la cohérence, de la logique, aux notions à enseigner/apprendre et – plus encore, en ce qui me concerne – à la progression. Pour ceux que ça intéresse, j’en parlais à Berlin l’été dernier, mais sans encore avoir touché aux sciences cognitives.

Par ailleurs, Stanislas Dehaene et Elizabeth Spelke, spécialiste américaine de psychologie cognitive, ont démontré qu’il existe des «connaissances noyau», par exemple de la numération et de la géométrie, fonctionnelles dès la naissance. Il y a donc à la fois prédestination : l’état du cerveau à la  naissance, qui n’est que très peu dû au hasard, et libre arbitre : les rivières que nous choisissons d‘alimenter, les lits que nous choisissons de creuser. Or l’école est obligatoire, les lits qu’elle creuse nous sont rigoureusement imposés. Il est donprimordiaqu’elle mesure sa responsabilité, qui va au-delà de l’acquisition de compétences. Son conditionnement (la note, la peur, la répétition, l’individualisme, etc.) n’est pas anodin pour notre cerveau.

Quel élève, demain ? Pourquoi ?

YongZhao2014L’article Can Schools Cultivate a Student’s Ability to Think Differently?, revenant sur le dernier livre de Yong Zhao (2014)a retenu mon attention parce qu’il pose une question dont la réponse serait bien utile à nos écoles et systèmes éducatifs locaux. En d’autres termes, il se demande – prenant le système chinois en exemple – quel changement pourrait contribuer à une meilleure insertion professionnelle des élèves.

 

La solution serait de les rendre plus actifs dans leur apprentissage, plus responsables.

Students are treated like employees of a big company, who don’t bear the risk if the company fails. They are paid with grades and are not treated as being responsible for their learning.

Il faudrait cesser les systèmes traditionnels de cotation, qui ne sont qu’aliénant et ne laissent aucune liberté d’entreprise ou d’organisation à l’enfant.

S’il me parait essentiel de répéter ces évidences, je trouve tout aussi regrettable qu’elles servent la cause du seul pragmatisme socio-professionnel. “Si tu veux une belle vie, sois un bon entrepreneur ; pour être un bon entrepreneur, il faut revoir le système éducatif”. L’aboutissement, le succès serait donc le patronat, non l’éveil à l’autre, le partage culturel, le pouvoir de suggestion, l’art du dire, la beauté du geste, la gratuité de l’acte. Comme si la solution au bien-être était l’instrumentalisation de tout ce qui est interpersonnel à des fins de profits et l’évacuation du non rentable, finalement du non-conforme.

Que l’école change, peut-être de cette manière… mais que ce ne soit pas pour cette raison.